En octobre 1914, un premier contingent de 32 000 hommes s’embarque pour la Grande-Bretagne. Ce contingent quitte le Canada à peine sept semaines après l’entrée du pays dans le conflit. La formation est composée à 70 % d’hommes nés dans les îles britanniques et récemment immigrés. Néanmoins, le corps des officiers est presque entièrement canadien et on note la présence d’environ 1200 soldats canadiens-français. Ces derniers ont, tout d’abord, été dispersés au sein d’unités anglophones.
Le ministre Samuel Hugues a écarté du contingent les rares officiers supérieurs francophones qui appartenaient à l’armée d’active. Le résultat est que ce contingent devient la première force canadienne mise sur pied, sans que l’on se préoccupe d’y assurer une juste représentativité canadienne-française 1.

L. Mousseau est un des premiers témoins à être sur les lieux d'après la bataille d'Albert (Somme, France), il est l'ami de Louis (Luigi) Capponi, qui lui sera le futur marié 2 de Laurette Cotnoir, une des pionnières de la haute couture québécoise. Louis Capponi avait sa propre entreprise d'importation de vêtements situés à Montréal. L. Mousseau n'est pas répertorié dans la liste des soldats de 1914 dans les archives du Canada, un indice dans la carte postale qu'il a envoyée à Louis fait penser qu'ils se connaissent bien, il se fait appeler Votre frère à ses destinataires.

 

Répertoire Lovell 1913-1914 - BAnQ

 

 

Décembre 1914, L. Mousseau arrive dans le ville d'Albert, il y trouve un décor de désolation meurtri par les bombardements allemands du 29 septembre 3, fierté des photographes reporters n'ayant que ça à se mettre sous la dent pour faire des cartes postales...


Fonds Laurette Cotnoir-Capponi - BAnQ

 

 25 - 12 - 14

 Mon Cher Louis

 Oui leur manière de faire la guerre
 est bien differente de la notre car
 dans leur marche en avant ils se servent
 de boucliers qui a nous repugnerait
 et ces boucliers ce sont des femmes
 enfant et vieillards qu'ils font marcher
 devant eux ce qui fait que si nous tirons
 sur eux nous tuons les notres et
 sont des inhumains plein de bestialité
 et ceux qui les commandent sont
 encore pire nos apaches ont plus
 de coeur qu'eux. Je voudrais que
 cette guerre dure tant qu'il aura un
 allemand et que ce soit une guerre
 d'extermination.
 Je vous embrasse tous deux votre frere L. Mousseau

Louis Capponi

43 rue St Sacrement

Montreal

Canada

Pas étonnant qu'il ne pense pas à Noël en ce jour du 25 décembre 1914, l'environnement dans lequel il se trouve ne s'y prête pas. La carte postale fut postée le lendemain.

 

Sources :

1. Gagnon (Jean-Pierre), « Les soldats francophones du premier contingent expéditionnaire du Canada en Europe », Guerres mondiales et conflits contemporains.

2. Mariage : Lundi 8 avril 1918 - St-Germain-de-Grantham (Québec).

3. Maurice Théry, La Guerre en Picardie 1914-1918, Paris,‎ 1920.

 

  Et vous, quel a été le premier Noël de la Première Guerre Mondiale de vos ancêtres ?