La généalogie d'Hervé
" La vie est un pont :
traversez-la mais n'y faites pas votre demeure. "
Sainte Catherine de Sienne
La généalogie d'Hervé
" Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli. "
Victor Hugo

Je descends d'une longue lignée de marins pêcheurs de Douarnenez, la plupart des fils, des petits-fils et des suivants ont occupé cette profession depuis que l'arrière petit-fils de notre plus ancien ancêtre Pencalet connu quittait sa terre agricole de Locronan pour s'installer à Douarnenez. Certains ont péris en mer en temps de paix en faisant la pêche, d'autres sont tués en mer durant les deux grandes guerres mondiales et certains furent mortellement touchés au front.

J'ai reçu en début d'année un merveilleux livre intitulé Les Pencalet, marins douarnenistes et rédigé par un cousin. J'y ai découvert des personnages hauts en couleur, des visages qui m'étaient inconnus, des histoires et des souvenirs de familles mais aussi une multitude de documents et de sources. Avec tous ces marins pêcheurs, les femmes ont tenu une place importante dans leur famille, elles se sont occupées des enfants, des affaires familiales, elles travaillaient aussi parce que leurs maris partaient longtemps lors des campagnes de pêches. Elles les ont aussi remplacés pendant les deux guerres mondiales et pas seulement dans les affaires courantes.

J'ai le souvenir d'une photo de deux jeunes filles, Anna et Charlotte, sur une photo de 1944, posant devant une automobile avec le sigle et la croix des F.T.P.. Elles semblaient rigoler, le calot sur la tête ! Je savais qu'elles étaient de ma famille mais je ne connaissais pas le lien familial avec moi, il y a plusieurs Charlotte et Anna (et Anne), je n'ai pas tous les actes d'état civil et comme l'a dit le Ouest France du 23 mai 1996 ...

... le livre m'a permis de les placer dans l'arbre familial et la photo n'était pas un montage fait par elles, elles étaient réellement dans une tenue de résistante, et pour cause, on est en plein conflit. Ces deux sœurs ne sont pas les seules à s'être mise en danger, je découvre que deux autres femmes ont des faits d'armes et de bravoure qui méritent d'être citées :

Anna Marly, le Chant des Partisans
 

Anna et Charlotte Pencalet :

Nées dans le début des années 1900, filles de François Pencalet (1886 - décédé en mer en 1926) et de Marguerite Kerisit (1899 - 1981), dans mon arbre elles sont les filles d'un des cousins de mon grand-père paternel.

Anna et Charlotte s'engagent dans la Résistance et servent lors des combats de la libération de Douarnenez dans la compagnie Kléber commandée par le lieutenant Marcel Florc'h, les locaux de la compagnie étaient dans le collège Moderne. Les combats de la libération de Douarnenez dureront cinq jours, les livres d'histoire relatent que ces 5 jours en 1944 sont :

- Vendredi 4 août : journée des barricades, la nuit des embuscades.
- Samedi 5 août : journée de la confusion.
- Dimanche 6 août : le temps des représailles.
- Lundi 7 août : le temps de l'expectative.
- Mardi 8 août : le jour de la Libération.

La photo que je connaissais d'Anna et de Charlotte est dans un feuillet détachable du Douarnenez se raconte. Anna et Charlotte organisent le défilé de la Libération le 13 août 1944.

Extrait d'une fiche détachable du Douarnenez se raconte - 1940-1944 chronique des années noires

Libération de Douarnenez : hommage aux femmes - Le Télégramme du 9 août 1999

"Les anciens combattants, les familles, les élus et les représentants des corps constitués ont commémoré la libération de Douarnenez, hier à 11 h, boulevard Jean Richepin. Pour ce 55e anniversaire, Yves Youinou, premier adjoint, a mis l'accent sur l'importance du rôle des femmes pendant la guerre. « Les femmes résistantes douarnenistes méritent notre hommage : notamment, Charlotte Pencalet, Anna Pencalet et Marcelle Vigouroux de la compagnie Kléber commandée par Marcel Florch; l'infirmière Marie Seznec, qui sera décorée par le Général de Gaulle, place de la Résistance, le 22 juillet 1945, avec d'autres résistants, parmi lesquels Jean Marin ». Il y a 55 ans Douarnenez était libéré."

À l'issue de la guerre, Anna s'est mariée avec Désiré Le Bris, un compagnon de combat F.T.P.. Ils ont quitté Douarnenez pour Brest. Anna est décédée à Concarneau en novembre 2014, à l'âge de 94* ans. Charlotte est restée célibataire, elle a tenu deux débits de boisson à Douarnenez dont un avec sa mère.

 

Madeleine Pencalet :

Madeleine est née le 13 février 1906 à Concarneau, fille de Louis Pencalet (1881 - 1939) et de Marie Le Gras (1879 - 1958), la fille d'un cousin à mon grand-père paternel, elle fut institutrice et elle enseigna jusqu'à son mariage en 1927 avec François Gestin, un officier de l'Armée de Terre. Madeleine et François se trouvaient à Versailles au début de la guerre et Madeleine retourna à Douarnenez avec ses trois enfants lorsque François parti avec son régiment. François Gestin est fait prisonnier en 1940 et il a été interné en Allemagne pendant toute la durée du conflit.

Madeleine Gestin et ses trois enfants en 1943

Carte de membre F.F.I. de Madeleine Gestin.

L'histoire de Madeleine est racontée dans un feuillet de "Douarnenez se raconte - 1940-1944 chronique des années noires" :

"Dans les souvenirs de ceux qui l'ont connue, elle restera cette femme merveilleuse, dévouée à la cause de la Résistance à laquelle elle adhère dès le début de l'Occupation. Avec ses trois enfants, un mari prisonnier en Allemagne, Madeleine Gestin, jeune femme de 34 ans, n'hésite pas à s'engager dans le combat que beaucoup croyait perdu. Par vocation, par idéal, par son éducation aussi, elle perçoit les enjeux de son temps et trouve très vite les chemins sur lesquels la conduisent le cœur et la raison, le sens de la dignité, la solidarité dans la détresse.

Dans la Résistance, elle était « Julie » . Son courage était à toute épreuve. Les missions dangereuses ne la rebutaient pas. Agent de liaison de l'O.R.A., elle maintenait les contacts avec le Maquis de Kernoalet, recueillait chez elle les clandestins traqués, les cachait aussi longtemps qu'il le fallait. Combien en a-t-elle sauvés ainsi ? Claude Hernandez, le Lieutenant-Colonel Québriac, le colonel Berthaud, Pierre Quéré, Charlot Hélias, Alain Le Dilosquer, André Cariou qui sera maire de Saint-Jean-Tromilon, et bien d'autres encore, en porteront témoignage pour eux-mêmes et pour leurs hommes dispersés au hasard de leurs engagements, comme le fera aussi l'Abbé Pierre Cariou. « Julie » hébergera aussi des marins soviétiques évadés, Victor Silouianof, marin pêcheur de Mourmansk, Alexis Krivorouchenko, coiffeur à Léningrad, Ivan Indioukof qui chantait si haut les balades russes. Elle est présente aussi aux combats de Lesven, le 26 août 1944, infirmière intrépide, elle sauve de la mort Pierrot Le Meil blessé et inconscient, qu'elle découvre au bord de la route.

Inlassable, active, attentive aux autres et à leurs souffrances, ses mérites seront reconnus par les plus hautes autorités de la XIe Région Militaire. Le Général Allard la fera citer à l'ordre de la Division avec l'attribution de la Croix de Guerre avec Étoile Argent. ..."

Lettre manuscrite de Madeleine Gestin.

Madame Gestin
18 rue Courbet - Douarnenez

née le 13 février 1906 à Concarneau (Finistère)
Services à la Résistance

Hébergé C. Hernandez 3 mois
P. Quéré 15 jours - résistants recherché par Gestapo
H. Nédellec 1 mois - recherché par Gestapo
Confectionné 250 calots et une cinquantaine de brassards FFI
partie volontaire à Beuzec et St Nic
Boite postale sous le pseudonyme de Julie

Liaisons diverses - Passage clandestin de colis à l'Abbé Cariou
à St Charles - Fausses cartes d'identité.
Hébergé 5 maquisards du maquis de Douarnenez le jour
où  les Allemands ont repris la ville et les ai gardés
ainsi que 6 autres camarades dont 4 Russes qui étaient
également au maquis même après le départ des bochs.
J'ai donné asile à ces jeunes gens, les Français parce
qu'ils étaient soit de Pont l'Abbé, soit de Quimper et
les ai gradé par la suite, que la caserne formée était trop petite, il n'y avait pas
place pour tous. les Russes parce qu'ayant beaucoup souffert
avec les Boches appréciaient une maison accueillante.
Ils sont d'ailleurs actuellement en permission chez moi venus de Coetquidan
c'est la seconde permission qu'ils viennent à la maison

M. Gestin

 

Le secret est de rigueur dans cette famille pour laquelle la Résistance, au sein du groupe O.R.A., est un devoir sacré. À quelques pas seulement de la KOMMANDANTUR de la Place de Douarnenez (actuellement la Caisse d'Épargne) leur maison sera un refuge sûr durant toute la guerre.


 

Citation à la Croix de Guerre avec Étoile d'Argent à madeleine Gestin.

 

Madeleine quitte ce monde à cause d'une maladie le 16 septembre 1946 à 19 heures, elle n'a que quarante ans. Son mari, François Gestin, nommé colonel au retour de son emprisonnement, prendra le commandement des régiments en Allemagne et il se remariera.

 

Joséphine Pencalet :

 Joséphine Pencalet.

Joséphine Pencalet est la douzième enfant et la benjamine d'Amédée Pencalet et de Maria Trocmé, elle est née le 30 mai 1885, on suppose qu'elle soit née à Douarnenez mais son acte de naissance n'a pas été trouvé. Elle était une cousine germaine de mon grand-père paternel, à ne pas confondre avec son homonyme et cousine Joséphine Pencalet ouvrière qui participa aux grèves des sardinières à Douarnenez en 1924 puis élue en mai 1925 comme conseillère municipale. Joséphine s'est mariée avec Guillaume Bozec en 1905, un quartier-maître timonier, lui aussi originaire de Douarnenez, engagé volontaire à la mairie de Brest en janvier 1893. Entre plusieurs affectations à Brest, Cherbourg et Toulon, il se retrouve à Saïgon de 1919 à 1921 puis il est rayé des contrôles en 1925 pour raison : est resté trois ans sans naviguer. On le retrouve à Saïgon jusqu'en 1933 dépendant d'une compagnie dont le siège social est au 5 rue d'Athènes à Paris. La famille ignore ce qu'il y faisait et la date de son décès.

Lors de la seconde guerre mondiale, Joséphine tenait un commerce d'épicerie sous l'appellation le Dock au numéro 2 de la rue Ernest Renan. Sous ses airs de femme tranquille se cachait un personnage hors du commun, sans doute que l'occupation allemande lui avait donnée du courage comme à tant de femmes dans la région. Elle entra dans la résistance du Finistère en août 1943 dans le mouvement "Vengeance O.R.A." sous le pseudonyme de "Tante Fine", elle participa au service de renseignements, elle accueillit dans sa maison des résistants, des aviateurs alliés américains et anglais, ce qui lui valu des lettres de reconnaissance de toute part :

Le 16 décembre 1949
Je soussigné Lieute-
nant de Réserve Noyon Georges, alias Henri Cadudal dans
la Résistance, ex Comdt de la 1ère Cie F.F.I. de Douarnenez (mouvement O.R.A.)
certifie que Madame BOZEC Joséphine, née le 30 mai 1885 à
Douarnenez (Finistère) est entrée dans la Résistance au Mouvement
"Vengeance" "O.R.A.", section de Douarnenez, le 1er août 1943)
sous le pseudonyme de "Tante Fine".
Outre son activité incessante
dans le service "Renseignements", Madame Bozec s'est dépensée sans
compter, malgré tous les risques auxquels elle s'exposait, à la réception
l'hébergement et la mise en route d'aviateurs alliés tombés en terri-
toire occupé. Payant de sa personne et de ses deniers personnels, Madame
Bozec a reçu à ce titre un témoignage éloquent de reconnaissance
de Monsieur l'Attaché militaire américain, ainsi qu'une correspondance
très importante exprimant la gratitude de ceux-là qui lui doivent
une grande partie de leur vie et de leur liberté.
Aux combats de Douarnenez des
4 et 5 août 1944, Madame BOZEC s'est signalée "au feu" par
sa bravoure, son esprit d'abnégation, forçant par son allant l'ad-
miration de toute la population douarneniste.
Véritable figure de patriote
combattant, Madame BOZEC a bien mérité de la France.
le Lieutenant Noyan
Cdt la 1ère Cie de Douarnenez

 

Reconnaissance américaine à Joséphine Bozec

 

Reconnaissance anglaise pour le compte des nations du Commonwealth à Joséphine Bozec

Ce certificat est attribué à Madame Joséphine Bozec comme un signe de gratitude et l'appréciation de l'aide accordée aux Marins, Soldats et Aviateurs des nations  britanniques du Commonwealth, qui leur a permis d'échapper, ou d'éviter la capture par l'ennemi.

Maréchal Chef de l'Air.
Adjoint au Commandement Suprême
Force expéditionnaire alliée

 

Reconnaissance de la ville de Douarnenez le 7 août 1994

Joséphine Pencalet s'éteint à la maison de retraite en 1985, trois mois avant d'atteindre l'âge de cent ans.

 

Anna, Charlotte, Madeleine et Joséphine ne sont pas les seules femmes de Douarnenez qui ont participé activement à la Résistance, il y eu Marcelle Vigouroux qui était avec Anna et Charlotte dans la compagnie Kleber. Madame Mallone, Madame Donnart, Madame Yvonne Tallec et Madame Paugam qui ont utilisé leur maison comme refuge aux clandestins et aux combattants en transit. Léoncie Kerivel qui se propose de mourir avec son mari à la place d'un jeune de 17 ans. Joséphine Deude qui recueille et soigne des blessés. Eudoxie Mens (née Garrec) qui a aidé Madeleine Gestin (née Pencalet) dans ses missions de la Résistance. Yvonne Leray (née Chancerelle) qui participa à l'évacuation des blessés le 19 juin 1940. Il y eu d'autres femmes dont je ne connais pas les noms.

 

Merci à mon "cousin" Jean-François Le Gall qui m'a partagé les documents de nos grands-tantes.

 

* L'article original disait qu'Anna Pencalet était décédée en novembre 1994, âgée de 95 ans, il fallait lire en novembre 2014, âgée de 94 ans.

 

Sources :

1. Photographies et documents familiaux.

2. Le quotidien Ouest-France.

3. Les quotidien Le Télégramme.

4. Registres d'état civil de Douarnenez.

5. Douarnenez se raconte - 1940-1944 chroniques des années noires.

 

  Et vous, avez-vous une femme de votre famille ayant participé à la Résistance ?

Commentaires   

0 #4 Hervé 11-12-2015 19:38
Citation en provenance du commentaire précédent de Claire Lebeau :
Merci Hervé de nous faire connaitre ces femmes de courage membre de la famille Pencalet.
Des bretonnes au caractère, comment dire, breton ?
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0 #3 Hervé 11-12-2015 19:37
Citation en provenance du commentaire précédent de Briqueloup :
Elles sont belles et courageuses toutes ces femmes. Comme c'est bien de connaitre tout ce qu'elles ont fait !
Merci pour ce commentaire !
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0 #2 Briqueloup 05-12-2015 18:07
Elles sont belles et courageuses toutes ces femmes. Comme c'est bien de connaitre tout ce qu'elles ont fait !
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0 #1 Claire Lebeau 26-10-2015 20:20
Merci Hervé de nous faire connaitre ces femmes de courage membre de la famille Pencalet.
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